Alors qu’approche l’élection présidentielle 2027, la Dynamique pour les Droits des Enfants passe à l’offensive. Réunissant près d’une trentaine d’organisations de la société civile engagées en France et à l’international, et avec le soutien de nombreuses autres organisations, notre collectif interpelle l’ensemble des candidates et candidats pour que l’enfance ne soit plus un angle mort du débat public. Dans un document de plaidoyer disponible sur notre site internet et envoyé aux équipes de campagne, le collectif propose 15 recommandations concrètes, à mettre en œuvre dès les 100 premiers jours du prochain mandat présidentiel, pour que les enfants soient enfin une priorité en France.
Face à la gravité des crises actuelles, l’enfance ne peut plus attendre. C’est la conviction que porte la Dynamique pour les Droits des Enfants, 3 ans après la ratification par la France de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE). En France, un enfant meurt tous les cinq jours de violences commises par un proche. Un nombre croissant de mineurs dort à la rue — 38 en sont morts en 2025 —, les espaces « no kids » se développent et la santé mentale des enfants et des jeunes continue d’être mise à l’épreuve. À l’échelle internationale, les coupes dans les financements consacrés à la coopération internationale et à l’aide humanitaire impactent de façon disproportionnée les enfants pris dans les crises et conflits.
15 priorités pour changer la donne
Face à ces constats alarmants, les organisations membres de la Dynamique pour les Droits des Enfants appellent les candidates et candidats à l’élection présidentielle 2027 à s’engager sur les axes suivants :
- Donner à l’enfance un pilotage politique digne de ce nom
La première recommandation touche à la gouvernance : la Dynamique demande la création d’un ministère de l’Enfance de plein exercice, doté d’un budget pluriannuel, s’inscrivant en complémentarité avec le Haut-commissariat à l’Enfance installé en 2025. L’objectif est de sortir d’une gestion en silo pour construire et mettre en œuvre une véritable stratégie nationale, globale, transversale et cohérente pour l’enfance. Ce ministère aurait également la charge d’instaurer, par décret, un conseil d’enfants et d’adolescents auprès du Premier ministre — une manière d’ancrer durablement la participation des plus jeunes dans l’élaboration des politiques qui les concernent.
- Violences, protection, justice : combler les failles du système
Le cœur du document porte sur la protection des enfants contre toute forme de violences et les défaillances de la protection de l’enfance. La Dynamique appelle à la reconduction d’un plan national de lutte contre les violences faites aux enfants, concerté avec l’ensemble des parties prenantes — enfants compris — et doté d’un budget sanctuarisé sur plusieurs années. Les organisations demandent aussi que l’État accompagne financièrement les départements pour garantir l’exécution effective de toutes les mesures ordonnées par la justice, et que des normes d’encadrement minimales soient enfin définies pour chaque type de structure d’accueil, un vide juridique aujourd’hui source de fortes inégalités territoriales.
La situation des mineurs non accompagnés fait l’objet d’une recommandation spécifique : la France, condamnée à quatre reprises par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, est notamment appelée à réformer sa procédure de premier accueil pour garantir la présomption de minorité, interdire les examens d’âge osseux et éviter les ruptures de prise en charge.
Sur le volet justice, le collectif demande un renforcement significatif des moyens de la Protection judiciaire de la jeunesse, alors que le nombre de mesures en attente d’attribution à un juge a augmenté de 27,5 % en deux ans.
- Éducation, métiers de l’enfance et accès aux services
Plusieurs recommandations visent à garantir une scolarisation sans rupture pour tous les enfants, y compris ceux en situation de handicap, les mineurs non accompagnés ou les enfants vivant en habitat précaire. La Dynamique revient également sur l’attractivité des métiers de l’enfance dans leur ensemble — protection de l’enfance, périscolaire, accueil de loisirs, accompagnement du handicap — confrontés à une pénurie de professionnels bien au-delà du seul secteur éducatif. La Dynamique appelle à une revalorisation salariale durable de tous ces métiers, ainsi qu’au renforcement des formations initiales et continues sur l’inclusion des enfants à besoins particuliers.
Autre proposition très concrète : généraliser, d’ici la rentrée 2027, une tarification sociale obligatoire pour les services périscolaires, afin de réduire les disparités territoriales qui pèsent sur l’accès à la cantine et aux activités périscolaires.
- Mettre fin à l’exclusion des enfants et de familles
Le document réclame la création d’au moins 10 000 places d’hébergement d’urgence supplémentaires, ainsi qu’un plan de transformation des nuitées hôtelières, jugées inadaptées aux besoins des familles avec enfants. Il s’attaque également à un phénomène plus récent : la multiplication des espaces « no kids » dans les secteurs du tourisme et de la restauration. La Dynamique propose de conditionner les aides publiques au respect effectif de l’accueil des enfants dans les espaces partagés.
- Cyberviolences : un plan pour l’ère numérique
Face à l’essor des violences en ligne — sextorsion, grooming, détournement de l’intelligence artificielle à des fins pédocriminelles —, le collectif demande l’élaboration d’un plan national de lutte contre les cyberviolences faites aux enfants, associant acteurs institutionnels et associatifs pour mieux prévenir, détecter et sanctionner ces phénomènes.
- Outre-mer et scène internationale : ne laisser personne de côté
Les inégalités territoriales sont particulièrement marquées en Outre-mer, où la pauvreté infantile atteint des niveaux alarmants, notamment en Guyane et à Mayotte. La Dynamique demande une accélération de la convergence des normes de qualité des services publics entre l’Hexagone et les territoires ultramarins.
Sur la scène internationale, deux recommandations appellent à un sursaut : rétablir une trajectoire ascendante de l’aide publique au développement, après des coupes budgétaires historiques, et faire de l’enfance la clé de voûte de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire, alors que 473 millions d’enfants vivent aujourd’hui en zone de conflit.
Une invitation au dialogue
Pour la Dynamique pour les Droits des Enfants et ses membres, il n’y a plus de temps pour les demi-mesures. Au-delà de ces 15 priorités immédiates, notre collectif appelle le ou la futur·e président·e de la République à penser et mettre en œuvre, avec les acteurs de terrain et avec les enfants eux-mêmes, une réforme structurelle et durable pour l’enfance, ancrée dans les grands enjeux contemporains, dont le changement climatique. Il est urgent que la France, pays des droits humains, exerce un leadership renouvelé en faveur de la promotion, de la protection et de la réalisation des droits des enfants, en France comme aux échelles européenne et internationale.
L’intégralité des 15 recommandations, leurs justifications et les ressources associées est réunie dans un document unique, disponible sur notre site internet. Chacune des recommandations s’appuie sur des données précises et des travaux déjà produits par les membres de la Dynamique et les institutions compétentes — CIIVISE, Défenseur des droits, UNICEF France, CNAPE, GEPSo, e-Enfance, et bien d’autres. Ce document constitue une base de dialogue ouverte à l’ensemble des candidat·e·s et de leurs équipes, ainsi qu’aux journalistes et partenaires souhaitant approfondir ces sujets.