« J’espère que vous nous écouterez. » Cette phrase, rédigée par un enfant, donne son titre au nouveau document que publie la Dynamique pour les Droits des Enfants à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Entre novembre 2025 et mai 2026, le collectif a recueilli la parole de 541 enfants et jeunes âgé·e·s de 3 à 18 ans, en France métropolitaine comme en Outre-mer, à travers la consultation nationale « À toi la parole ! ». Le résultat : un véritable « programme » présidentiel imaginé par et pour les enfants, que la Dynamique adresse aujourd’hui aux candidates et candidats.
À l’heure où se construit le débat présidentiel, une question ne peut plus être reléguée au second plan : quelle place accorde-t-on aux enfants et aux jeunes, et comment les associe-t-on à notre projet de société ? Depuis 2019, la Dynamique pour les Droits des Enfants, collectif d’une trentaine d’organisation engagées pour l’enfance, se mobilise pour que leurs droits soient respectés et que leurs voix soient entendues. A l’approche des élections présidentielles 2027, et comme elle l’avait déjà fait en 2022, la Dynamique a souhaité recueillir leurs paroles au travers d’un questionnaire en ligne et d’ateliers, animés par les professionnels les encadrant. Et cette consultation nationale, menée en partenariat avec Bayard Jeunesse, Milan et L’Éléphant Junior, confirme une conviction simple : les enfants ont des choses à dire sur le monde qui les entoure, et leur parole doit compter dans les décisions qui les concernent.
Un droit à la participation encore trop théorique
Le droit à la participation, principe directeur de la Convention internationale des droits de l’enfant, reste largement méconnu et peu appliqué en France. Si 47 % des enfants et des jeunes interrogés dans le cadre de la consultation savent qu’ils disposent de ce droit et si 78 % identifient des lieux où ils se sentent libres de s’exprimer — l’école, la famille, le monde associatif —, un écart important demeure entre le fait de s’exprimer et celui d’être réellement entendu. 17 % des répondant·e·s estiment que leur avis est « rarement » pris en compte par les adultes ; 63 % disent « seulement de temps en temps ». Plus de la moitié (52 %) considèrent ne pas être suffisamment associé·e·s aux décisions politiques françaises.
« On ne m’a jamais demandé mon avis en politique », résume Diane, 9 ans. Thaïs, 16 ans, va plus loin : « Il n’y a pas de ministre des droits des enfants. » Des mots simples, qui disent l’essentiel : écouter les enfants ne suffit plus, il faut les associer aux prises de décision.
Pour y remédier, les enfants et les jeunes formulent eux-mêmes des pistes concrètes : consulter davantage la jeunesse sur la vie politique, organiser des rencontres régulières entre décideurs et enfants, créer des conseils d’enfants rattachés aux grandes institutions, ou encore développer la participation dans les établissements scolaires. Certain·e·s vont jusqu’à proposer de revoir l’âge du droit de vote.
Huit priorités portées par les enfants
Interrogés sur les trois sujets dont ils s’occuperaient en priorité s’ils et elles étaient président·e·s de la République, les enfants et les jeunes ont dessiné un véritable programme, cohérent et structuré.
L’environnement et la cause animale arrivent largement en tête (47 % des réponses spontanées). Les enfants réclament davantage de nature au quotidien, la fin de la pollution et des mesures fortes contre la maltraitance animale — jusqu’à la fermeture des zoos et des cirques pour certain·e·s.
L’école, citée par plus d’un tiers des répondant·e·s, fait l’objet de demandes précises : revoir des rythmes scolaires jugés trop denses, adapter davantage l’enseignement aux besoins de chaque élève, renforcer l’accessibilité pour les enfants en situation de handicap, et développer des apprentissages pratiques de la vie quotidienne.
La culture, le sport et les loisirs arrivent en troisième position : les enfants souhaitent un meilleur accès aux activités sportives et culturelles, notamment pour celles et ceux dont les familles n’en ont pas les moyens.
Viennent ensuite la lutte contre les inégalités sociales et la pauvreté, avec des demandes de redistribution des richesses, de hausse des salaires et de baisse du prix des produits du quotidien ; un contexte international apaisé, les enfants réclamant l’arrêt des guerres et une meilleure protection des enfants vivant en zone de conflit ; l’entraide et la solidarité, à travers des appels à multiplier les maraudes, à faciliter le bénévolat des jeunes et à soutenir davantage les acteurs de la solidarité ; le droit à une alimentation suffisante et de qualité, avec des cantines plus généreuses, des menus mieux équilibrés et adaptés à chacun·e, et des prix plus accessibles ; et enfin le logement, les enfants demandant un renforcement des aides aux sans-abri et un meilleur accès aux logements sociaux, notamment pour les familles nombreuses.
Au-delà de ces huit priorités, les enfants et les jeunes se sont aussi exprimés sur la santé mentale, la protection de l’enfance, le harcèlement, le handicap, la sécurité ou encore le numérique — autant de sujets qui recoupent, avec une grande justesse, les grands chantiers déjà identifiés par les acteurs institutionnels.
Une invitation aux équipes de campagne
Le document final publié par la Dynamique n’est pas un simple recueil de témoignages : c’est une invitation claire adressée aux équipes de campagne à écouter, reconnaître et intégrer les droits de l’enfant dans leur programme, au même titre que les autres grands enjeux de société. Faire de l’enfance un chapitre incontournable de la campagne présidentielle, c’est choisir de regarder l’avenir avec lucidité. Aucun projet politique ne peut se dire complet s’il laisse de côté celles et ceux qui grandissent aujourd’hui et construisent la société de demain.
La Dynamique pour les Droits des Enfants remercie chaleureusement les 541 enfants et jeunes qui ont pris le temps de partager leurs idées, notamment à Laly, Gaëlle, Marina, Océane, Thaïs, Xavier, Manon, Luna, Elyna, Valentin, Bliss, Maëlyne, Radjab, William, Laurence, Juliette, Xelena, Kahina, Enzo, Yousra, Maroua, Agathe, Louise, Noé, Léo, Adèle, Marie-Christine, Emma, Mona, Yria, Louane, Nathan, Tiago, Manoa, Jeanne, Celissia, Célia, Alicia, Maelys, Jessica-Bella, Eva, Louisa, Ilyess, Daoud, Shayna, Paula, Lola, Erwin, Kylian, Gabriel, Héléna, Inès, Adam, Lena, Rudy, Louna, Nohlan, Jarod, Lili, Cassandra, Thaïs, Matéo, Justine, Rafaël, Maya Mélanie, Raphaël, Soane, Orane, Erwan, Mohamed, Sabrina, Sofiane, Faustine, Tamim, Elyse, Alice, Sara, Téné, Gabriel, Lola, Sevan, Ethan, Arsène, Doriane, Wafa, Andrea, Driss, Ben, Maxime, Priscillia, Rakhim, Kevin, Marius, Chloé, Emilie, Anélia, Sultana, Julien, Emile, Camille, Emma, Wacim, Niama, Soumya, Thibaut, Charlie, Yvann, Sacha, Coline, Auriane, James, Johanne, Keren, Noam, Claria, Diane, Tom, Shao, Clémence, Constantin, Tiphaine, Emilie, Naomie-Rose et aux nombreux et nombreuses enfants et jeunes anonymes.
Nous remercions également l’ensemble des structures et des professionnel·le·s qui les ont accompagné·e·s dans cette démarche ( l’IFAC et l’Espace Paris Jeunes Davout (75), l’accueil de loisirs Jean Jaurès de Juvisy-sur-Orge (91), l’accueil de loisir maternel (66), l’ACM (06), l’ALEA de l’école maternelle du Bois de la Barthe à Pibrac (31) et autres établissements (66) ; Groupe SOS Jeunesse de l’Oise, à ses services d’AEMO et le pôle d’activités de jour (60), et les autres établissements participants du Groupe SOS Jeunesse (37) ; l’IDEFHI, à l’Institut thérapeutique éducatif et pédagogique et à la MECS de Seine-Maritime (76) ; la Sauvegarde du Nord et à la MECS Point d’Ancre (59) ; les villages d’enfants de la Fondation Villages d’Enfance Ensemble de Plaisir (78), de Besse-sur Issole (83), de Marange (57), de Calais (62) et du collège Louis Timbal, Haute-Vienne (87), partenaire de la Fondation ; l’association Partage, en collaboration avec le club parrainage du collège Paul Bert (89) ; -l’école Auguste Foures, Avignonet de Lauragais (31))
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